Christophe André, psychiatre : « Un peu d’anxiété ne fait pas de mal »

Monter dans un avion vous terrifie ? Les lieux clos vous oppressent et les entretiens d’embauche vous mettent en sueur ? En un mot, vous êtes anxieux. Dans “Petites angoisses et grosses phobies”, le psychiatre Christophe André explique, conseille et rassure.

 

Christophe André 

Psychiatre, psychothérapeute, auteur de livres “psy” à succès dont “L’Estime de soi”, avec François Lelord (Odile Jacob), Christophe André consulte à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. “Petites angoisses et grosses phobies”, illustré par Muzo (au Seuil).

 

Psychologies : L’anxiété est-elle notre lot à tous ?

Christophe André : C’est une dimension universelle de la personnalité, un signal d’alarme qui nous prévient des dangers, accroît notre vigilance, mais peut malheureusement se dérégler. Une anxiété modérée avant un rendez-vous est utile : cette émotion incitera à arriver à l’heure, à faire preuve d’attention et de sérieux pendant l’entretien. En revanche, si l’on part systématiquement deux heures à l’avance pour ne pas faire attendre sa belle-sœur, si l’on s’affole au moindre contretemps, l’anxiété coûte plus qu’elle ne rapporte. La différence entre anxiété normale et anormale tient à ce que la seconde se met en marche trop souvent et pour des enjeux qui n’en valent pas la peine.

 

Les préoccupations qui vont gêner les uns et terrifier les autres sont-elles identiques ?

Oui, car l’anxiété n’est pas un délire, mais une amplification de problèmes réels, auxquels certains répondent de façon disproportionnée.

Comment explique-t-on cet excès émotionnel ?

L’hypothèse la plus plausible propose un mélange de plusieurs éléments : des prédispositions génétiques et biochimiques – certains naissent avec une vulnérabilité émotionnelle innée – sur lesquelles viennent se greffer des influences éducatives, comme une ambiance familiale marquée par l’anxiété, et des expériences précoces de séparations ou de maladies qui ont fragilisé la personne.

Qu’y a-t-il de commun entre les phobies, la peur des autres et les troubles obsessionnels ?

Toutes sont des manifestations anxieuses. Huit fois sur dix, l’état anxieux généralisé et permanent dessine une sorte de carrefour, générateur d’ennuis psychiques associés : dépression, peur des relations sociales, phobies en tout genre. Il existe sans doute une influence de l’environnement. Chez une personne déjà angoissée, une éducation très à cheval sur l’ordre, la propreté ou la discipline risque de favoriser l’éclosion de troubles obsessionnels compulsifs incontrôlables, comme le fait de se laver constamment les mains, où le besoin de vérifier régulièrement la fermeture des robinets… Des parents eux-mêmes très anxieux tendront à induire chez l’enfant des comportements phobiques : peur d’être enfermé, de tomber malade, peur des animaux…

Comment raisonnent les grands anxieux ?

Leur vision du monde est radicalement pessimiste. Face à une difficulté, ils élaborent en un quart de seconde un scénario catastrophe. Une dispute avec leur patron ? Immédiatement, ils se voient licenciés, à la rue, leur famille mourant de faim… Vous leur proposez un pique-nique sur l’herbe ? Tout de suite une foule d’interrogations surgit : « Où ira-t-on, fera-t-il beau, une horde de fourmis voraces ne va-t-elle pas surgir ? » Pour ces anxieux, le pire est toujours à venir, d’où ce besoin d’anticiper, de s’y préparer, de tout contrôler et maîtriser. Pour eux, le monde est une jungle pleine de dangers !

Au point, d’ailleurs, que leur sens de l’exagération prête à rire…

A l’inverse des dépressifs ou des délirants, les grands anxieux ne font pas peur. Au fond, ils nous reflètent un peu, en pire. De plus, ils en parlent souvent avec humour, et sont conscients d’exagérer même s’ils ne peuvent s’en empêcher – Woody Allen en est le meilleur exemple. D’une manière générale, ils sont pleins de qualités : leur anxiété les rend attentifs aux situations, aux autres. Leur habitude d’anticiper, de prévoir, entretient des esprits rapides, vifs.
En fait, ils sont très lucides et nous enseignent, malgré eux, qu’il faut faire preuve d’un minimum d’aveuglement pour bien vivre – oublier un peu la misère du monde, la peur de la maladie, etc. Il ne s’agit pas d’être irresponsable, mais de savoir se dire : « Inutile de trop s’en faire, ça ne changera rien ! » Si l’anxieux n’a intellectuellement pas tort de se tourmenter, c’est le « normalement anxieux » qui a raison quant à la qualité de vie.

Comment lutter contre l’anxiété ?

Il existe une technique basique : essayer de prendre du recul et relativiser. En se posant ces trois questions essentielles : « Mes prévisions pessimistes sont-elles absolument sûres ? Est-ce que je risque vraiment quelque chose de très grave ? Que puis-je faire d’utile dans cette situation précise ? » En cas d’anxiété trop envahissante, les thérapies cognitives et comportementales, qui agissent sur les pensées obsédantes et les attitudes inadéquates, se révèlent le plus souvent très efficaces.


 

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