Une belle réussite

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“Grâce à mes mains, je suis devenue mannequin ! ”

Le grand public ne connaît pas son visage, mais les photographes se l’arrachent. Anne-Lise est «mannequin détail» : elle prête seulement certaines parties de son corps à la publicité.

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J’arborais délicatement une bague surmontée d’un caillou précieux. Ou bien je testais un nouveau vernis à ongles ? Je ne sais plus très bien… Difficile de me souvenir précisément de la dernière fois où je me suis vue à la télévision ou dans un magazine. Non pas que cela remonte à loin. Bien au contraire, cela arrive très souvent. Seulement, en général, moi seule m’en aperçois. Ce sont à la fois les risques et les avantages du métier. En fait, quasiment tout le monde a sans doute déjà vu une  partie de mon anatomie. Sans le savoir.

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Ce n’était pas vraiment ainsi que j’envisageais mon métier. Quand j’était petite, je voulait devenir journaliste. J’ai commencé des études dans la communication et, comme beaucoup de jeunes, j’ai multiplié les petits boulots pour les payer. J’ai été repérée pendant un job d’hôtesse. Une jeune collègue qui faisait des photos m’a donné les coordonnées d’une agence de mannequins et m’a conseillé de me lancer. Pourquoi pas ? J’ai été flattée que l’on me trouve jolie et je me suis accordé une année pour découvrir ce nouveau milieu. Très vite, j’ai décroché des shootings photo pour des catalogues et des apparitions dans quelques publicités télé. Mais je ne rêvais pas d’une célébrité facile, j’ai toujours voulu garder les pieds sur terre. Je n’était pas encore très sûre de poursuivre longtemps dans cette voie jusqu’à ce que j’entende, un jour, un compliment insolite : «Tu as de jolies mains, tu sais, m’a lancé un photographe. Et les pieds ne sont pas mal non plus.»

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Ce jour-là, ma carrière a pris une toute autre tournure. J’ai découvert la profession de «mannequin détail». Je souris quand j’en parle, par exemple, à d’autre mamans, car c’est un métier que personne ne connaît. En même temps, je vois bien qu’il suscite une vraie curiosité quand je raconte comment je «prête» certaines parties de mon corps à des publicités. Mes mains ont ainsi posé pour de la joaillerie de luxe, aussi bien que pour de la charcuterie. Mes pieds enfilent régulièrement des chaussures de créateurs ou des marques de prêt-à-porter. Mon buste a porté de la lingerie fine pour des catalogues de vente par correspondance. Quand il s’agit de publicités filmées, ma mains peut servir pour un gros plan quand il faut ouvrir la portière d’une voiture ou bien verser de l’assouplissant dans une machine à laver. Mon mari adore se moquer de moi au cinéma. Il suffit qu’il y ait une publicité avant le film pour qu’il me demande si c’est ma main que l’on voit sur un grand écran. Cela arrive, mais pas toujours……

Au quotidien, mon travail est quand même moins facile qu’il n’y paraît. Une journée de travail peut vite devenir assez épouvante. Quand vous voyez, par exemple un cliché d’une jolie femme en gros plan qui appuie son menton dans la paume de sa main, dites-vous bien qu’en général le photographe a fait appel à deux mannequins différents en même temps. Or, moi, je suis généralement celle en dessous dont on ne voit pas le visage : il faut de la souplesse et de la patience ! Mon mari est prévenu et sait que je peux rentrer épuisée. Je suis déjà restée perchée plusieurs heures sur des talons de 12 cm, place de la Concorde, en plein Paris, parce que le photographe attendait que le soleil baisse afin de bénéficier de la lumière idéale. Il y a quand même quelques contraintes. Même si je suis plus libre que d’autres mannequins sur les podiums, je dois aussi faire attention à mon outil de travail. J’aurais bien commencé la boxe, mais je ne voulais pas prendre de risque de me fracturer une phalange. De plus, des manucures m’ont prévenue que les gants pouvaient ramollir les ongles. Je m’en tiens donc au yoga, qui m’aide à garder la forme et à me concentrer quand certains tournages s’étirent jusqu’à 22h30. En revanche, quand je rentre, pas question de mettre les pieds sous la table et de prendre le prétexte de mon métier pour échapper à la vaisselle ! Je fais juste attention à protéger mes mains et je reprends tranquillement une vie de famille comme les autres.

Au bout de dix ans de métier, je suis fière de la femme que je suis devenue. Certes, cette carrière insolite m’a offert de beaux voyages. À chaque fois, je bénéfice d’une manucure ou d’une pédicure gratuite. Récemment, j’ai même eu droit à un cours de massage pour que je puisse reproduire une gestuelle parfaite, dans une publicité pour une crème. Mais quand je repense à mon parcours, l’essentiel est ailleurs. Je participe en moyenne à huit séances par mois comme mannequin de détail, ce qui me garantit une rentrée d’argent régulière. Grâce à cela, je ne suis pas obligée d’accepter n’importe quoi. J’ai ainsi refusé certains tournages pas très glamours. Par ailleurs, cette liberté me permet aussi de travailler à la maison sur des projets plus personnels. Ainsi, j’ai pu écrire une pièce de théâtre que j’ai jouée pendant trois ans. Au final, j’ai la vie dont j’avais rêvé : un métier intéressant, sans routine, qui m’a aussi offert la liberté de devenir maman en toute sérénité. Contrairement à d’autres mannequins, j’ai même pu travailler pendant ma grossesse. J’ai du m’arrêter quatre mois pour les photos de jambes, mais j’ai continué jusqu’à mon sixième mois pour les mains. Aujourd’hui, entre deux séances, j’ai du temps libre pour m’occuper de mon petit garçon. Il n’a que 2 ans et ne comprend pas encore très bien le métier de sa maman. Mais je crois que j’ai encore quelques années pour cela. À 30 ans passés, ma carrière n’est pas finie, loin de là. Je dirais même que je travaille plus aujourd’hui qu’à mes débuts. Anne-Lise

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. rp1989 dit :

    C’est un beau parcours. Comme quoi le métier mannequin est bien plus large que ce qu’on pense.
    Bisous à toi!

    Aimé par 1 personne

  2. limonasblog dit :

    c’est vrai que c’est une façon d’être mannequin, il y en a plusieurs, il y a ceux que l’on voit défiler et d’autres davantage dans l’ombre, mais qui travaillent aussi beaucoup et gagnent bien leurs vies, et surtout l’age n’est pas très important pour ces femmes, faut juste avoir des atouts comme de belles mains de belles jambes…..
    Merci beaucoup 🙂
    Bisous et bonne soirée

    J'aime

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